INTERVIEW

Ariane de Rothschild

Ariane de Rothschild
Présidente du groupe bancaire Edmond de Rothschild

Ariane de Rothschild

Présidente du group bancaire Edmond de Rothschild

TEXT: HANS-UELI TSCHANZ       BILDER: AIMEÉ HOVING

Ariane de Rothschild est présidente du Conseil d’administration du groupe Edmond de Rothschild depuis 2019. Née en 1965 à San Salvador, cette économiste a commencé par travailler à New York à la Société Générale et chez l’assureur AIG, avant de rejoindre le groupe en 2000 et de s’occuper en un premier temps des Fondations familiales et des activités liées à l’hôtellerie et aux exploitations vinicoles. L’épouse de Benjamin de Rothschild, fils du fondateur, et mère de quatre filles intègre la banque en 2015 en tant que présidente du comité exécutif. Depuis le décès de Benjamin de Rothschild en 2021, le groupe, à cent pourcent familial, est dirigé par Ariane de Rothschild qui est présidente du conseil d’administration. A Gstaad, la baronne est une hôte régulière et -appréciée. Depuis sept ans, la banque Edmond de Rothschild est le sponsor principal du Gstaad Menuhin Festival et, par les Fondations Edmond de Rothschild, soutient la promotion des jeunes et des talents dans les cinq Académies, aux côtés d’autres fondations.

 

Iwan Wirth war am Aufbau meiner Sammlung stark beteiligt.

 Ariane de Rothschild, vous êtes une femme engagée. Comment cela se concrétise-t-il dans l’univers bancaire qui est réputé plutôt neutre? 

Notre banque familiale a un ADN très fort basé sur une vision de long terme, un esprit entrepreneurial et une forte capacité d’innovation. Concrètement, dans la banque, cela nous a amené très tôt à chercher à concilier performance et durabilité et à être pionnier dans l’investissement d’impact. Notre philosophie est simple : le retour sur investissement doit être aussi un retour sociétal et environnemental. Il va de notre responsabilité de financiers d’orienter les flux d’investissements vers des activités permettant une croissance plus durable. Nous avons lancé il y a quatorze ans déjà des stratégies destinées à lutter contre l’étalement urbain qui menace les terres arables. Nous avons dépollué des sites industriels, les avons convertis en usage mixte où les gens peuvent vivre et travailler dans un environnement préservé. Vous savez sans doute que j’ai vécu en Afrique. J’étais convaincue que soutenir le développement de PME familiales locales permettrait l’émergence d’une classe moyenne qui profite directement à l’économie. Au cours des dix dernières années, nous avons investi avec succès dans des entreprises, notamment dans les secteurs de la santé, des biens de consommation, de l’éducation et de l’agriculture. Aujourd’hui, au moment où les chaînes de ­production sont encore très perturbées en raison ­des difficultés d’approvisionnement avec l’Asie, le continent Africain et son tissu industriel peuvent constituer une partie de la solution et aider à un retour à la normale des chaînes d’approvisionnement des entreprises

 Vous êtes à la tête d’un groupe qui mène des activités très variées: banque, hôtels et restaurants, vignobles, ferme, écurie de course au large, etc. Quel est le fil conducteur entre toutes ces activités?

Quoique diverses, ces activités contribuent à la force de notre écosystème; elles nous ancrent dans l’économie réelle, loin de la spéculation. Nous valorisons et respectons l’ensemble de nos métiers. Mon mari Benjamin a hérité d’un patrimoine diversifié. Il nous appartient de le faire fructifier et de le moderniser pour le transmettre aux ­générations suivantes. Ce que le Four Seasons de Megève, la banque ou nos exploitations vinicoles et nos produits fermiers ont en commun, c’est une même vision à long terme, soutenue par la capacité de planification de cette famille et la discipline que cela exige. Nous sommes des entrepreneurs, comme les clients de notre banque, et c’est cette proximité qu’ils recherchent quand ils viennent chez nous. C’est la possibilité d’échanger sur des problématiques communes, sur la transmission de leur patrimoine, la cession de leur entreprise ou encore sur leurs engagements philanthropiques. Des thématiques très concrètes en somme.

 Les Fondations Edmond de Rothschild font partie de cet écosystème. Pourquoi parle-t-on de ­Fondations au pluriel? Quels sont leurs champs d’action?

Les Fondations Edmond de Rothschild forment un réseau de neuf institutions qui ont été regroupées en 2005. Elles sont le fruit d’un attachement profond à la philanthropie. Déjà au XIXe siècle, James Mayer de Rothschild et son épouse Betty, accueillaient chez eux, à Paris, Chopin, Ingres ou encore Balzac. Ils ont été mécènes dans le domaine de la littérature, de la peinture comme de la musique. Une passion pour les arts transmise à leur fils, Edmond James de Rothschild, un collectionneur très prolifique au goût sûr. Sa donation de plus de quarante mille dessins et estampes est d’ailleurs à l’origine de la création du département des arts graphiques du musée du Louvre. En 1927, le même Edmond James de Rothschild crée l’Institut de Biologie physico-chimique avec le prix Nobel de physique Jean Perrin, un institut de recherche scientifique, précurseur de l’actuel CNRS français. C’était très visionnaire pour l’époque. Les Fondations Edmond de Rothschild ont pour mission de poursuivre cet héritage philanthropique en soutenant des programmes dans le monde entier: de Lisbonne à New York en passant par Madrid, Abidjan, Paris ou encore Tel Aviv. Benjamin et moi avons toujours eu à cœur de soutenir la création – dans les arts comme dans l’entre­preneuriat social – et d’accueillir l’autre: prendre soin de ceux dans le besoin, faciliter le dialogue, des rencontres, pour «faire humanité ensemble», comme l’évoquait l’exposition «Ubuntu, un rêve lucide» qui s’est tenue au Palais de Tokyo, l’an dernier.

 En 2014 les Fondations ont créé, avec l’équipe du Menuhin Festival, la Gstaad Conducting Academy. Pouvez-vous nous parler de ce programme que vous semblez affectionner particulièrement ?

Oui, en effet, ce programme m’est cher car il allie créativité, rencontres, travail intense et jeunes talents dans une discipline particulièrement exigeante, la direction d’orchestre. Il s’agit d’une masterclass de trois semaines qui se déroule pendant le Menuhin Festival fin juillet/début août. Chaque année, elle accueille dix jeunes chefs d’orchestre prometteurs, venus des quatre coins du monde. Ensemble, ils vont perfectionner leur technique aux côtés du Maestro Jaap Van Zweden et du Professeur Johannes Schlaefli. A l’issue de cette immersion, quatre d’entre eux se verront donner la possibilité de diriger, en tant que chef invité, un des meilleurs orchestres européens. Allez les écouter: assister à l’éclosion de ces talents brillants et passionnés est une expérience aussi singulière qu’émouvante. Pour moi, la Gstaad Conducting Academy est bien plus qu’une simple masterclass. C’est un véritable accélérateur de carrière pour ces jeunes artistes aux parcours et origines diverses. Je suis heureuse de voir que chaque année un nombre grandissant de participantes se lancer dans une carrière exclusivement masculine il y a encore deux décennies. Changer les mentalités, faire évoluer nos­ ­perceptions, c’est aussi cela, la force de l’art. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage à chacun des professeurs, des musiciens, des techniciens et tous les autres corps de métier qui œuvrent en coulisse, sans qui cette académie ne serait pas celle qu’elle est aujourd’hui: un lieu de partage, de transmission des savoirs et d’expression de talents et d’amour pour la musique.

 D’autres institutions culturelles bénéficient du soutien des Fondations Edmond de Rothschild: pourquoi cet engagement philanthropique pour les arts?

Comme évoqué, notre famille a toujours eu un lien particulier avec les arts. L’art, n’est-il pas le lieu de la liberté ultime? Il nous touche, nous interroge, nous interpelle. Il nous relie, nous fait nous sentir pleinement vivants. Je pense, par exemple, à la Compagnie la Baraka, une compagnie de danse contemporaine, dirigée par Abou et Nawal Lagraa, deux artistes engagés, dont les pièces, d’une grande exigence, sont traversées par une énergie folle. Leur langage chorégraphique est très libre, poussant les danseurs à explorer les possibles. Leur propos est de permettre à chacun et chacune de s’émanciper. C’est ce que j’aime et attends de l’art.

 Vous avez quatre filles de 20 à 26 ans. Quelle place occupent les discussions que vous pouvez avoir avec elles dans vos décisions?

Leur avis compte énormément pour moi. Elles apportent un regard neuf et commencent à s’impliquer dans certaines activités. Je n’impose rien, c’est leur choix. Depuis toutes petites, elles ont toujours vécu entourées par le business.

 Vous avez un profil très international, êtes polyglotte. Quels liens entretenez-vous avec la Suisse?

Je suis née à San Salvador et j’ai passé toute mon enfance en Amérique latine et en Afrique. Par la suite j’ai travaillé en Australie, à New York et à Paris. Ce large spectre d’expériences fait sans doute que je suis toujours beaucoup en mouvement. Mais très vite, la Suisse est devenue mon pays d’ancrage. Son côté très international. Son multiculturalisme avec ses racines allemande, française et italienne me parlent beaucoup. C’est un pays qui est en résonnance avec mon parcours de vie et mon ouverture sur le monde.

 Ariane de Rothschild, nous vous remercions pour l’interview!

Ariane de Rothschild
Präsidentin der Bankengruppe Edmond de Rothschild

Ariane de Rothschild ist seit 2019 Verwaltungsratspräsidentin der Edmond de Rothschild Gruppe. Die 1965 in San Salvador geborene Wirtschaftswissenschaftlerin arbeitete zunächst in New York bei der Société Générale und dem Versicherer AIG, bevor sie 2000 in die Gruppe eintrat und sich zunächst um die Familienstiftungen sowie die Bereiche Hotellerie und Weinbau kümmerte. Die Ehefrau des Gründersohns Benjamin de Rothschild und Mutter von vier Töchtern trat 2015 als Vorstandsvorsitzende in die Bank ein. Seit dem Tod von Benjamin de Rothschild 2021 leitet Ariane de Rothschild die Gruppe – zu hundert Prozent ein Familienunternehmen – als Verwaltungsratspräsidentin. Die Baronin ist in Gstaad ein oft und gern gesehener Gast. Die Bank Edmond de Rothschild ist seit sieben Jahren der Hauptsponsor des Gstaad Menuhin Festival und unterstützt mit den Stiftungen Les Fondations Edmond de Rothschild gemeinsam mit anderen Stiftungen die Jugend- und Talentförderung in den fünf Academies.

Ariane de Rothschild
Chiefwoman of the board of directors Edmond de Rothschild

Ariane de Rothschild has been Chairwoman of the Board of Directors of the Edmond de Rothschild Group since 2019. Born in San Salvador in 1965, the economist initially worked in New York at Société Générale and the insurer AIG before joining the group in 2000, initially being entrusted with duties relating to the family foundations as well as the areas of hospitality and viniculture. The wife of the founder’s son, Benjamin de Rothschild, and mother of four daughters joined the bank in 2015 in the capacity of Chairwoman of the Executive Committee. Since the death of Benjamin de Rothschild in 2021, Ariane de Rothschild has headed the Group – one hundred percent a family business – as Chairwoman of the Board of Directors. The baroness is a frequent and welcome visitor to Gstaad. The Edmond de Rothschild Bank has been the main sponsor of the Gstaad Menuhin Festival for seven years and, together with the Les Fondations Edmond de Rothschild foundations and in collaboration with other foundations, supports the promotion of youth and talent in the five academies.